Témoignage de Lucien FROMENTAL


L’élevage et la commercialisation du mouton faisait partie de l’économie au même titre que la vigne, l’olivier et l’agriculture fourragère et céréalière. Dans tous les villages de la Vaunage et tout autour de celle-ci il y avait plusieurs troupeaux de « brebis ». A Calvisson il y avait 5 à 6 troupeaux et parfois davantage. Ces troupeaux étaient constitués d’une centaine de têtes, parfois plus ou moins. Chacun de ces troupeaux faisait vivre une famille.

 

Le revenu était constitué par :

1° La viande, vendue en boucherie

2° La laine, vendue surtout pour les matelas

3° Le fumier, vendu aux agriculteurs et viticulteurs pour la fumure des terres à ce moment.

4° Le lait aussi servait à faire des fromages pour les éleveurs et un peu aussi pour la vente.

 

A ce moment là existait à Nîmes, un important marché aux bestiaux, situé à l’emplacement de la Sécurité Sociale, rue du Cirque Romain, et l’abattoir était proche, à savoir quartier du Cadereau, rue de l’abattoir.

Puis, dans les années 1960, le marché et l’abattoir Nîmois ont été transférés, proche de la gare de St Cézaire, route de Montpellier.

Ce fut appelé le « Marché Gare » qui prit une grande importance. Le marché aux bestiaux lui-même fut pendant des années le troisième marché de France après Paris La Villette et Marseille. C’est dire son importance.

Ce marché avait lieu tous les mercredis. Lorsqu’il était en centre ville, les bovins arrivaient beaucoup par le train en garde de St Cézaire et terminaient leur trajet à pied jusqu’au centre ville au marché.

Les ovins venaient de tout le midi et les petits agneaux qu’on appelait « l’agneau de Nîmes » spécialité locale venaient de tous ces petits villages gardois, héraultais et départements limitrophes.

Qu’est-ce que c’était « l’agneau de Nîmes » ? Un agneau de 12 à 15 kg vif qui n’avait eu aucune autre alimentation que du lait. Ces agneaux tétaient plusieurs brebis auxquelles on avait déjà levé leur propre agneau, ce qui donnait une viande blanche et savoureuse très appréciée des consommateurs.

Lors de l’ancien marché Nîmois ces agneaux étaient attachés des quatre pattes et alignés sur un lit de paille bien propre ce qui donnait une présentation magnifique de ces agnelets à la petite laine courte et blanche.

Puis, au marché gare, il y eut interdiction d’attacher les agneaux par les pattes. Ils étaient logés dans de petits parcs, debout. Il y avait tous les mercredis un millier d’agneaux. C’est à ce moment là que le marché gare de St Cézaire fut à son apogée. Il y eu jusqu’à 900 gros bovins, 200 à 300 veaux, 1000 moutons ou brebis et 1000 agneaux de lait, plus des chevaux et des porcs.

L’abattoir aussi tournait à plein rendement. Puis au cours des années 1980 et par la suite ce marché a périclité et finalement fermé complètement. Marché d’abord et abattoir ensuite vers 2004.

Pourquoi ! Parce que l’élevage local disparaissait peu à peu à cause des vignes qui envahissaient la plaine et l’emploi de produits sanitaires employés pour la vigne avec des pulvérisateurs arrosant aussi les chemins, causant des pertes dans les troupeaux. La mévente du fumier remplacé par l’engrais, de la laine remplacée par de nouveaux tissus, l’impossibilité pour les troupeaux de passer sur les routes à cause de la circulation automobile et la traversée des rues des villages, et enfin la disparition des bergers.

Une époque était révolue, l’élevage du mouton local était terminé dans tous les départements du Midi Méditerranéen.

Il faut savoir que tous ces petits troupeaux pâturaient dans les chemins herbus, les terrains en friche (et il y a avait) les prairies et les luzernes, les terres après les moissons en été. Après les vendanges et pendant l’hiver lorsque la météo le permettait, dans les vignes et lorsqu’il pleuvait trop dans les garrigues où il y avait beaucoup de glands de « chênes kermès ».

Il existait aussi, mise à part des foins amassés sur place ou achetés dans les Bouches du Rhône principalement (parce que d’excellente qualité) le marc de raison après sa distillation et sa mise en cuve pour conservation qui jouait un rôle important, parce que bon marché.

 

Mise à part ce système d’élevage traditionnel, il y avait aussi une autre forme d’élevage du mouton qui consistait à faire des agneaux « coureurs » expression du pays. Ces agneaux naissaient en février/mars au début de l’année et suivaient les mères de leur jeune âge au moment où l’herbe printanière était là et ils étaient aptes à faire la transhumance début juin pour passer l’été en montagne sur le plateau du Larzac ou en Lozère.

Puis, ils étaient vendus à l’automne, souvent sur les foires de Sommières, Quissac, St Hippolyte à des propriétaires terriens qui les faisaient devenir adulte pendant l’hiver grâce aux herbages qu’ils possédaient, aux glands des garrigues, au marc de raisin et à l’herbe dans leurs vignes.

 

L’élevage du mouton dans l’économie à Calvisson, en Vaunage et dans la région également – avant 1900 et jusqu’en 1960/1970.

 

  • Pourquoi plus de bergers ?

Qui voudrait actuellement travailler avec des journées sans horaires, sans repos hebdomadaire, sans congés.

C’était cela aussi la vie des bergers à cette époque qui n’est pas très lointaine.

De nos jours, pour faire vivre les bergers et rentabiliser les élevages il faut de gros troupeaux comme dans les B.D.R. (800/1000 têtes et plus dans des terroirs accessibles sans passer par les routes et partir en transhumance en été surtout dans les alpes (et en camion) plus à pied comme avant.

 

  • Enfin, pourquoi les abattoirs et les marchés aux bestiaux ont disparu dans nos départements ?

Faute au manque d’animaux.

Les abattages se font sur les lieux d’élevages et les transports de viande par camions frigorifiques évitant ainsi le transport d’animaux vivants qui cause souvent des pertes importantes.

 

Ainsi va le progrès et disparaît les longues traditions de notre midi méditerranéen.